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Damia

 
Damia. Source: Wikipedia

Marie-Louise Damien, dite Damia ou Maryse Damia, est une chanteuse et actrice française née le dans le 13e arrondissement de Paris et morte le à La Celle-Saint-Cloud. Réputée pour ses chansons (Les Goélands, Mon matelot, La Mauvaise prière) et rôles tragiques, elle est très célèbre dans les années 1930.

Biographie

Ses parents sont originaires des Vosges : son père Nicolas Damien est originaire de Nonville et sa mère, Marie Joséphine Louise Claude, est née le 28 avril 1858 à Darney. Son grand-père maternel, Louis Claude, était ouvrier en fer, et sa grand-mère maternelle, Marie-Catherine Larcher, était brodeuse. Marie-Louise va souvent en vacances chez ses grands-parents maternels à Darney où ils possèdent une ferme, avant que ses parents ne s'installent à Paris où son père devient agent de police.

À l'âge de 15 ans, Damia fugue de la maison paternelle et trouve un rôle de figuration au théâtre du Châtelet. Elle est remarquée par Roberty, le mari de la « grande » Fréhel qui lui donne des cours de chant et avec lequel elle aura beaucoup plus tard une liaison. Dès 1908, elle se produit sur la scène de café-concerts tels que la Pépinière-Opéra, le Petit Casino et l'Alhambra. Elle est la vedette d’un spectacle du « caf' conc' » de Félix Mayol. Sacha Guitry prétend qu'il lui a conseillé le fourreau noir, dessiné sa silhouette et imposé un style aux chanteuses réalistes qui lui succèderont, telles Édith Piaf et Juliette Gréco. Mais dans une entrevue radio, elle dit que l'idée de la robe noire est venue de Max Dearly. Elle impose une rupture scénique en abandonnant les décors au profit du seul rideau noir. Elle chantait sans micro, robe noire, rideau noir, elle fut la première chanteuse en noir Son esthétique scénique s'inscrit dans l'expressionnisme et la rénovation dramatique de Jacques Copeau.

Elle fréquente très tôt le cercle littéraire féminin et lesbien autour de la poétesse et salonnière Natalie Barney. Elle y côtoie Romaine Brooks, Gabrielle Bloch, dite Gab Sorère, Loïe Fuller et, dans ce contexte, fait la rencontre de l'architecte, décoratrice et designer Eileen Gray, avec laquelle elle noue une relation amoureuse. Gray crée pour la chanteuse son premier fauteuil dit « à la sirène ».

Parallèlement, elle tient quelques rôles marquants au cinéma.

Damia enregistre la chanson suicidogène Sombre Dimanche le 28 février 1936. Cette chanson Szomoru Vasarnap, signée Laszlo Javor et Rezső Seress, est interdite d'interprétation au public dès sa création.

Adulée par le public durant l'entre-deux-guerres, elle est occultée après l'Occupation par de plus jeunes idoles, notamment Édith Piaf. Elle triomphe cependant dans un récital à Pleyel en 1949 et fait une tournée au Japon en 1953. Elle remonte sur les planches à Paris en 1954, à l’Olympia, avec en première partie Jacques Brel, alors débutant, et en 1955. Ensuite elle se retire du métier.

En 1963, l’Académie Charles-Cros lui décerne son Grand Prix pour son disque Les Belles Années du Music Hall, une compilation. Cette consécration tardive sonne un peu comme un repentir d’oubli de la part de l’académie, mais aussi comme une occasion unique de lui rendre le plus beau des hommages puisque la remise des prix se fait sous le haut patronage du président de la République Française et alors que cela fait 8 années qu’elle s’est retirée du Music-hall.

Baptisée « la tragédienne de la chanson », elle est aussi admirée par des écrivains de tous bords, de Jean Cocteau à Robert Desnos. Plus tard, des cinéastes comme Jean Eustache, Aki Kaurismäki ou Claude Chabrol refont entendre ses chansons.

Damia décède brutalement le à La Celle-Saint-Cloud d’une chute accidentelle sur les voies du métro parisien. Même si à l’époque, la thèse du suicide fut avancée, on notera une mort presque en conformité avec un répertoire d’œuvres musicales consacré principalement aux mutilés, blessés de la vie et victimes de la malchance.. Elle est inhumée au cimetière de Pantin.

Postérité et hommages

  • Dans les années 1930, Damia est connue pour sa robe noire et son refus d'avoir un décor peint derrière elle, ce qui est nouveau à cette époque.
  • Paul Colin a pour une affiche peint le portrait de Damia.
  • Sa modernité a influencé de nombreux artistes de la deuxième moitié du XXe siècle, tels Édith Piaf, qui reprend quelques titres et gestuelles de Damia, Barbara, Jacques Brel, voire Serge Gainsbourg.
  • En 1997, est créé dans le 11e arrondissement de Paris un jardin labellisé « Espace vert écologique », dénommé Jardin Damia en hommage à la chanteuse.
  • Un musée consacré à Damia est inauguré le 22 septembre 2018 dans le château de Darney à l'initiative de l'association des Amis du patrimoine de Darney et de collectionneurs parisiens.

Œuvres

Chansons (répertoire sélectif)

  • Du gris
  • Un souvenir (redécouvert dans La Maman et la Putain de Jean Eustache et La Fleur du mal de Claude Chabrol)
  • La Venenosa
  • Calvaire d'amour
  • Brouillard
  • J'ai peur
  • Les cloches n'ont pas sonné

1926

  • Hantise

1927

  • La Rue de la Joie
  • Les Deux Ménétriers (texte de Jean Richepin)

1928

  • La Chaîne
  • Dis-moi
  • Ploum ploum ploum

1929

  • Les Goélands (paroles et musique de Lucien Boyer)
  • L'Orgue (texte de Charles Cros)
  • L'Esclavage

1930

  • J'ai l'cafard
  • C'est mon gigolo
  • Le Grand Frisé
  • Depuis que les bals sont fermés

1931

  • Tu ne sais pas aimer (Chanson extraite du film "Sola")
  • Les Nocturnes
  • Je voudrais que la nuit
  • Complainte de Mackie (tirée de la version française de "L'Opéra de Quat'sous" de Kurt Weill et Bertolt Brecht)
  • Pour un seul amour
  • Ce n'est pas toujours drôle (Chanson extraite du film "Un soir de rafle")
  • La Plus Belle Chanson
  • Amours de minuit
  • On ne lutte pas contre l'amour (version française de la chanson allemande Leben ohne liebe kanst du nicht interprétée par Marlene Dietrich)
  • Il ne reste rien
  • La Chanson du passé

1932

  • Mon matelot
  • Les Inquiets
  • De profundis
  • Berceuse tendre (Il fait si bon près de toi) (Léo Daniderff - Daniderff, Ronn)

1933

  • Beau petit marin de passage
  • La Veuve
  • Pour en arriver là
  • Complainte (chanson extraite du film La Tête d'un homme)
  • J'ai bu
  • La Garde de nuit à l'Yser
  • La Suppliante
  • Chansons gitanes - Chanson de route
  • Chansons gitanes - Chanson à boire
  • La Chanson des flots
  • Roule ta bosse
  • Chantez pour moi, violons (version française de Play Fiddle, Play)
  • Pluie
  • Tout le jour, toute la nuit (Version française de Night and Day de Cole Porter)

1934

  • La Guinguette a fermé ses volets
  • En maison
  • Toboggan
  • Moi... j'm'ennuie (musique de Wal-Berg)

1935

  • La Mauvaise prière
  • Mon phono chante
  • J'ai perdu ma jeunesse

1936

  • Du soleil dans ses yeux
  • Sombre Dimanche
  • C'est la guinguette
  • Celui qui s'en va
  • Aux quatre coins de la banlieue (paroles de Michel Vaucaire)
  • Aimez-vous les moules marinières ? (paroles de Henri Varna et Michel Vaucaire)
  • Celui qui s'en va (paroles de Charles Richter, musique de Tiarko Richepin)

1937

  • L'Étranger (musique de Robert Juel et de Marguerite Monnot)

1938

  • Johnny Palmer (paroles de Christian Vebel)
  • Personne (paroles et musique de Michel Emer)
  • C'est dans un caboulot
  • La Malédiction
  • Café chantant

1939

  • Tout fout le camp (paroles de Raymond Asso)
  • Balalaïka (Charlys - Maurice Vandair, Gastil)

1941

  • La rue de notre amour (musique de Maurice Alexander, paroles de Maurice Vandair)
  • Tourbillons d'automne

1942

  • Mon amour vient de finir (paroles d'Édith Piaf et musique de Marguerite Monnot)

1943

  • Dans ma solitude

1944

  • Ma rue
  • On danse à La Villette
  • Bonjour mon chien

1948

  • La Femme à la rose

1952

  • Deux femmes

Filmographie

  • 1927 : Napoléon, d'Abel Gance
  • 1930 : Tu m'oublieras de Henri Diamant-Berger
  • 1931 : Sola, d’Henri Diamant-Berger : Sola
  • 1932 : La Tête d'un homme, de Julien Duvivier
  • 1937 : Les Perles de la couronne de Sacha Guitry et Christian-Jaque
  • 1955 : Goubbiah, mon amour de Robert Darène : la mère de Trinida
  • 1956 : Notre-Dame de Paris, de Jean Delannoy : une chanteuse de rue

Théâtre

  • 1927 : Le Procureur Hallers de Louis Forest et Henry de Gorsse d'après Paul Lindau, théâtre de l'Odéon
  • 1930 : La Revue milliardaire à l'Apollo avec Vera Amazar, Ruth Virginia Bayton.

Bibliographie

  • Francesco Rapazzini, Damia, une diva française, Paris, éditions Perrin, , 412 p. (ISBN 978-2-262-03403-0)
  • Gianni Lucini, Luci, lucciole e canzoni sotto il cielo di Parigi - Storie di chanteuses nella Francia del primo Novecento), Novara, Segni e Parole, 2014, 160 p. (ISBN 978-88-908494-4-2)

Liens externes

  • Raffaël Enault, « Damia, madone à pédés, icône pré-punk oubliée », sur Gonzaï.com, .
  • Enregistrement par Damia de Sombre dimanche (28 février 1936)

Notes et références

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CD

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