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René Goscinny

 
René Goscinny. Source: Wikipedia

René Goscinny, né le à Paris (Ve) et mort le dans la même ville (XVIIe), est un scénariste de bande dessinée, journaliste, écrivain et humoriste français, également réalisateur et scénariste de films.

Il est l'un des rédacteurs en chef de Pilote, alors l'un des principaux journaux français de bande dessinée. Créateur d'Astérix, d'Iznogoud et du Petit Nicolas, scénariste de Lucky Luke durant une longue période, il est l’un des auteurs français les plus lus au monde : l’ensemble de son œuvre représente environ 500 millions d’ouvrages vendus.

Il permet également la reconnaissance du métier à part entière de scénariste de bande dessinée qui n’existait pas avant lui. René Goscinny utilise quelques pseudonymes tels « René Maldecq », « René Macaire », « Agostini » ou « Liliane d’Orsay ».

Biographie

Origines et jeunesse

René Goscinny est né le au 42 rue du Fer-à-Moulin dans le 5e arrondissement de Paris. Cette naissance la veille d'un jour férié lui fera dire qu'il est un « paresseux contrarié ». Il est issu d'une famille juive, ashkénaze originaire de Pologne et d'Ukraine (gościnny signifie « hôtes » en polonais).

Son père, Stanislas, dit « Simkha », Goscinny, est un ingénieur chimiste né le à Varsovie (Pologne alors russe), troisième fils du rabbin Abraham Gościnny et Helena Silberblick. Stanislas s'installe à Paris en 1906 pour suivre des études de chimie appliquée, suivant son frère ainé Maurice arrivé un an auparavant en France pour poursuivre des études de médecine.

Sa mère, Anna née Bereśniak, née le à Khodorow alors en Galicie austro-hongroise (aujourd'hui Khodoriv en Ukraine, oblast de Lviv), est issue d'une famille d'éditeurs. Lazare Abraham Beresniak, le grand-père maternel de René Goscinny (et paternel de Daniel Béresniak), s'établit à Paris en 1912, au 12 de la rue Lagrange, où il tient une imprimerie à son nom. À l'époque, l'imprimerie Beresniak s'occupe notamment de l'édition de plusieurs des principaux journaux yiddishophones et russophones de Paris. L'entreprise est plus tard reprise par les fils Beresniak qui emploieront une centaine de personnes dans les années 1930.

Stanislas Goscinny et Anna Beresniak se rencontrent à Paris et se marient en 1919. Ils ont d’abord un premier fils, Claude Goscinny, né le .

En 1923, Stanislas Goscinny part au Nicaragua pour tenter l'aventure dans la production agricole. Revenu à Paris, il est naturalisé français, tout comme son épouse en 1926, qui donne naissance la même année à leur second fils René. Stanislas s'associe également à son beau-frère Léon Beresniak, dans la création d'une entreprise de fabrication de matières plastiques.

En 1927, Stanislas Goscinny est employé par la Jewish Colonization Association (JCA), destinée à aider et favoriser l'émigration des Juifs d'Europe ou d'Asie, notamment sur le continent américain. C'est à ce titre que les Goscinny partent pour Buenos Aires, en Argentine, où Stanislas est employé comme ingénieur chimiste spécialiste de l'agriculture dans les climats chauds. René Goscinny étudie dans les écoles françaises de la ville. Il passe ses grandes vacances en Uruguay, où il monte à cheval dans la pampa avec les gauchos. Il a l’habitude de faire rire ses camarades de classe, probablement pour compenser une timidité naturelle. Il commence à dessiner très tôt, inspiré par les histoires illustrées comme Zig et Puce, Superman, Tarzan et surtout Les Pieds Nickelés, dont il recopie scrupuleusement l'album qu'il ramène de Paris. À cette époque, la famille Goscinny s'embarque fréquemment sur des transatlantiques, pour visiter les grands-parents et cousins de France ; pour René Goscinny, la France « était le pays fabuleux, exotique, où nous partions en vacances. Nanterre, les Deux-Sèvres, c'était Tombouctou. ».

Il se passionne très tôt pour le cinéma, son acteur préféré étant Stan Laurel.

En Europe, la Seconde Guerre mondiale commence. Si sa famille directe est à l’abri en Argentine, une partie de celle restée en Europe sera victime de la Shoah, trois de ses oncles meurent en déportation dans les camps d’Auschwitz et de Pithiviers. René Goscinny n'a jamais voulu retrouver ses racines, et n'est pas retourné sur les terres de ses ancêtres. De l’autre côté de l’Atlantique, le , peu après l’obtention de son bac à dix-sept ans, le jeune René Goscinny perd son père, des suites d’une hémorragie cérébrale, ce qui fait basculer la famille dans la précarité. Il se voit obligé de rechercher un travail, alors qu'il envisageait d'intégrer l'école des Beaux-Arts (au début de la guerre, il dessinait des caricatures d'Adolf Hitler et de Benito Mussolini), de faire une licence de lettres, ou de rentrer en Europe pour intégrer la France libre. L’année suivante, il obtient son premier emploi comme comptable adjoint dans une entreprise de pneumatiques baptisée La Fata. Détestant son travail, il démissionne peu après pour devenir dessinateur dans une agence de publicité,. Parallèlement, il publie ses premiers textes et dessins dans Quartier latin, bulletin interne du collège français de Buenos Aires.

René Goscinny, accompagné de sa mère, quitte l'Argentine pour New York en 1945, afin de rejoindre son oncle Boris, le frère de sa mère. Goscinny devient traducteur dans une firme marocaine d’import-export en attendant de trouver une situation plus stable. Pour échapper au service militaire américain, et bien qu'on lui ait promis une carte verte et à terme la nationalité américaine, Goscinny part pour la France rejoindre l’armée française en 1946. Il sert à Aubagne, dans le 141e bataillon d’infanterie alpine. Promu caporal, puis très rapidement caporal-chef, Goscinny devient l’illustrateur officiel du régiment et réalise des menus et des affiches. Le général de Lattre de Tassigny, amusé par ses dessins, le nomme sergent. Dès la fin de son service militaire, constatant que l'Europe est devenue un champ de ruines et ne peut rien pour lui, Goscinny décide de rallier New York et d'y rejoindre sa mère.

Premiers travaux

Rentré à New York, où il espérait rencontrer Walt Disney, Goscinny veut trouver un métier en rapport avec ce qu'il aime le plus : faire rire les autres. Il frappe aux portes des éditeurs, agences de presse et studios de création avec ses quelques travaux publicitaires réalisés en Argentine et des dessins humoristiques personnels, mais il n'essuie que des refus. Goscinny traverse alors la période la plus difficile de sa vie. Il reste un an et demi sans emploi, déprimé et vivant aux crochets de sa mère.

Fin 1948, il trouve par l'intermédiaire d'un ami français un travail dans une agence de publicité. Il y rencontre Harvey Kurtzman, futur fondateur du magazine Mad, John Severin et Will Elder (selon les sources il pourrait s'agir d'un studio fondé par les trois). L'année suivante, il publie son premier livre intitulé Playtime Stories aux éditions Kunen Publishers. Il s'agit d'un livre animé pour enfants de douze pages où il signe trois histoires : Robin Hood, Pinocchio et Aladin. Par la suite, il signera deux autres livres du même genre qui racontent l'amitié d'un Amérindien et d'un Blanc dans le premier et avec un cow-boy dans le second.

Avec l'argent gagné, il part en vacances à Paris. Sur le bateau du retour il rencontre un Français, exportateur de fromages, nommé Jean Monmarson, qui lui apprend qu'un auteur belge de bande dessinée, Jijé, s'est installé dans le Connecticut. C'est par l'intermédiaire de Jijé qu'il rencontre Morris, élève de ce dernier et auteur de la série Lucky Luke. Morris et Goscinny deviennent très vite copains et partent à New York. À l'été 1949, Goscinny travaille pour une société d'édition de cartes postales peintes à la main, mais il se rend souvent dans le Connecticut pour y voir Jijé, qu'il juge aussi bon en bande dessinée que les Américains. Il y apprend sa méthode pour dessiner, d'abord l'œil, puis la main. Goscinny n'a pas le même talent au dessin que les précédents élèves de Jijé, Morris ou André Franquin, mais Jijé s'intéresse à son sens du gag et des mots, qualité qui manque beaucoup aux auteurs de bande dessinée européens. Goscinny sort quatre nouveaux livres pour les enfants intitulés : The Little Red Car, Jolly Jungle, Hello Jimmy, Round the World qui lui donnent l'occasion de dessiner des objets compliqués.

Retour à Paris

Par l'intermédiaire de Jijé, Goscinny rencontre Georges Troisfontaines, directeur de World Press agency, qui travaille en étroite collaboration avec les éditions Dupuis. À son contact ainsi qu'à celui de Jijé et Morris, Goscinny pense de plus en plus à rentrer définitivement en Europe. En attendant, il essaye de créer seul une bande dessinée qui a pour titre Dick Dicks qui met en scène un détective de police new-yorkais. Si le dessin est médiocre, mettant en scène notamment des rues de New York vides de passants et de voitures, le scénario compte déjà plusieurs clés de lecture. Après le refus de la BD par tous les journaux et agences de New York, il décide d'envoyer ses planches à Jijé, rentré en Europe, pour qu'il les présente à Charles Dupuis. Mais une erreur d'envoi (les planches arrivent à Juan-les-Pins alors que Jijé est en Belgique, et, qui plus est, elles arrivent dans un mauvais état) fait que les planches ne seront jamais présentées. Goscinny restera fâché pendant une année avec Jijé après cet épisode.

Lors d'une visite à New York, Georges Troisfontaines lui avait dit de passer le voir à Bruxelles. Goscinny le prend au mot et après le renvoi de ses planches par Jijé, il prend le bateau pour l'Europe. Il est reçu dans l'agence par Jean-Michel Charlier, alors directeur artistique, qui bien qu'il n'ait pas de travail pour lui, consulte quand même les planches de Dick Dicks. Enthousiasmé par le scénario (moins par le dessin), il convainc Georges Troisfontaines de l'engager. Celui-ci l'envoie chez son associé et beau-frère, Yvan Chéron, qui fait publier Dick Dicks dans le supplément du magazine La Wallonie.

À New York, il est brièvement à la tête de TV Family, un magazine télévisé que Dupuis souhaite implanter outre-Atlantique. Si l'expérience ne dure pas, René Goscinny y gagne le statut de directeur artistique, qui le conduira à devenir scénariste.

Durant l'hiver 1951, la World Press ouvre un bureau sur les Champs-Élysées à Paris. Goscinny y est envoyé pour travailler sur sa série. Il y rencontre Albert Uderzo, employé lui aussi par la World Press et qui dessine la série Belloy sur un scénario de Jean-Michel Charlier. Très vite, ils décident de travailler ensemble, d'abord pour l'hebdomadaire belge Bonnes Soirées, où ils publient une chronique humoristique illustrée intitulée Sa Majesté mon mari. Goscinny y signe « la Fidèle Admiratrice de Sa Majesté », qui connaîtra deux cents épisodes. Puis ils s'occupent de la rubrique savoir-vivre du même hebdomadaire, sous le pseudonyme de Liliane d'Orsay (réutilisé une dizaine d'années plus tard par Pierre Desproges, dans le même magazine, pour la rubrique courrier du cœur). Recevant régulièrement du courrier de femmes chics qui le félicitent pour ses bonnes manières, il répond un jour grossièrement (plus ou moins, selon les versions) à l'une d'elles et se voit renvoyé de l'hebdomadaire.

En 1956, Goscinny, Jean-Michel Charlier et Uderzo tentent de monter un syndicat au sein de la World Press afin que les dessinateurs soient considérés comme les propriétaires de leurs œuvres, et non les éditeurs. Goscinny, suspecté d’avoir fomenté ce mouvement, est licencié de l’agence de presse. Charlier, Uderzo et Jean Hébrard l’accompagnent par solidarité et fondent le syndicat d’édition Édipress/Édifrance. À la même époque, Goscinny abandonne progressivement le dessin pour se consacrer exclusivement à l'écriture. Goscinny et Uderzo coopèrent également sur Bill Blanchart dans Jeannot, Jehan Pistolet dans Pistolin et Benjamin et Benjamine dans le magazine du même nom. Sous le pseudonyme d’Agostini, Goscinny écrit Le Petit Nicolas pour Jean-Jacques Sempé dans Le Moustique et plus tard dans Sud Ouest, puis Pilote.

Goscinny est également scénariste et dessinateur du Capitaine Bibobu, série parue en 1955 dans l’éphémère hebdomadaire en couleurs au format journal Risque-Tout.

Le journal Pistolin

En 1955, René Goscinny collabore à la création du journal Pistolin, dont il est avec Jean-Michel Charlier le corédacteur en chef. Le journal vendu uniquement par abonnement est financé par la marque de chocolat Pupier. Connaissant deux publications mensuelles, le journal voit son premier numéro sortir en février 1955. Goscinny crée à cette occasion le personnage de Pistolin, dessiné par Victor Hubinon (ce dernier signe la série du pseudonyme Victor Hugues). En janvier 1958, le no 72 annonce un passage au format de poche et devient mensuel. En avril 1958 parait en double numérotation le volume 73/74. Après six numéros de cette nouvelle formule, le « journal » disparait définitivement avec le no 83/84. René Goscinny considérait que le journal Pistolin était le précurseur du journal Pilote.

Le Journal de Tintin

Le , Goscinny est contacté par André Fernez, le rédacteur en chef du Journal de Tintin. Ce dernier a en effet entendu parler de la « réputation de scénariste et d’humoriste » de Goscinny et souhaite travailler avec lui pour redonner au journal la pointe d’humour qui lui manque pour rivaliser avec le Journal de Spirou. L’auteur démarre alors une fructueuse collaboration avec le Journal de Tintin. Il collabore avec de nombreux auteurs :

En complément, Goscinny participe au magazine Paris-Flirt et collabore avec Morris sur Lucky Luke (1955-1977).

Parallèlement, il rédige pour Jours de France le scénario et les gags des Aventures du docteur Gaudeamus, dessinées par Coq. Cette série destinée à des adultes lui permet de brocarder avec humour le snobisme parisien.

Goscinny gardera de cette collaboration à Tintin « le souvenir d’un travail gigantesque ».

Pilote et Astérix

En 1959, les éditions Édifrance/Édipresse lancent le magazine Pilote. Goscinny devient un des écrivains les plus productifs pour le magazine. Dans la première édition, il lance, avec Albert Uderzo, son compagnon de « besogne de la futilité », sa plus fameuse création, Astérix, dont les noms des deux héros trouvent leur origine dans l'atelier typographique de son grand-père maternel : astérisque et obèle.

Il fait de Pilote un magazine pour adolescents, publiant des bandes dessinées plus inventives et libérées que celles de la presse pour enfants.

Goscinny reprend également l’écriture du Petit Nicolas et de Jehan Pistolet, maintenant appelé Jehan Soupolet.

Pilote est acheté par Georges Dargaud en 1960. Goscinny en sera le rédacteur en chef de 1963 à 1974. Il commence de nouvelles séries :

  • Les Divagations de Monsieur Sait-Tout avec Martial ;
  • La Potachologie Illustrée et Le Potache est servi avec Cabu ;
  • Les Dingodossiers avec Gotlib de 1965 à 1967 ;
  • La Forêt de Chênebeau avec Mic Delinx ;
  • Iznogoud avec Jean Tabary de 1962 à 1977. Cette série fut commencée dans le magazine Record sous le titre Les Aventures du calife Haroun-el-Poussah.

En 1966, il accueille à Pilote des dessinateurs d'Hara-Kiri après sa seconde interdiction. Pendant plusieurs années, il a travaillé dans la même pièce que Charlier, le désordre du bureau de ce dernier contrastant avec le bureau de Goscinny qui, lui, était propre et entièrement vide.

Avec le succès d'Astérix, René Goscinny a réussi à faire reconnaître le métier de scénariste de bande dessinée et il en était fier : « lorsque nous avons débuté, il n'était pas question de gagner sa vie en faisant ce métier. On me regardait bizarrement et on me disait : « Mais quel est votre VRAI métier ? C'est impossible que vous vous occupiez de mettre des lettres dans des ballons ! » Heureusement, j'ai de l'amour-propre mais aucun sens de la dignité. »

En 1968, un événement marque profondément Goscinny. Il est interpellé par plusieurs talents de la revue, parmi lesquels Mandryka et Giraud, dans « une sorte de tribunal improvisé ». Lors de ce « procès quasi stalinien », ils le traitent de « suppôt du patronat ». Goscinny est « écœuré » par le comportement de ces jeunes dessinateurs qu'il avait pourtant contribué à lancer dans le métier, au point qu'il songe à abandonner la bande dessinée. Cet épisode lui aurait inspiré l'album d'Astérix La Zizanie. Au tournant des années 1970, il change la formule de Pilote, qui s'adresse désormais à un lectorat plus âgé. En 1974, il quitte le magazine.

Durant toutes ces années passées à Pilote, il a permis de révéler au grand public un certain nombre d'auteurs et de dessinateurs, parmi lesquels on peut nommer Claire Bretécher, Jean-Marc Reiser et Gotlib notamment.

En 1975, il envoie le scénario du Maître du Monde à Peter Sellers en lui demandant s’il est intéressé par le rôle principal. Goscinny ne reçoit aucune réponse de l’acteur anglais mais il constate l’année suivante que Quand la panthère rose s'emmêle, film de Blake Edwards avec Peter Sellers, s’inspire directement de son histoire. Une plainte pour plagiat est déposée, mais la mort du scénariste éteindra la procédure.

Vers une carrière cinématographique

En 1961, René Goscinny est embauché comme gagman sur un film d'Alex Joffé avec Bourvil : Le Tracassin. Il jugera cette expérience décevante. Trois ans plus tard, il participe au scénario du film de Philippe Condroyer : Tintin et les Oranges bleues.

En 1967, il écrit avec Uderzo le scénario du téléfilm Deux Romains en Gaule, réalisé par Pierre Tchernia. Les héros sont deux légionnaires romains incarnés par Roger Pierre et Jean-Marc Thibault. Au travers d'une suite de sketches comiques, ils se laissent prendre peu à peu par la douceur de vivre en pays occupé. Le téléfilm reconstitue le petit monde d'Astérix, son atmosphère, ses gags, ses bons mots, ses anachronismes. Astérix et Obélix apparaissent brièvement comme personnages dessinés. Goscinny et Uderzo ainsi que de nombreux comédiens et journalistes connus y font des apparitions : Jean Yanne, Maurice Biraud, Pierre Dac, Roger Couderc, Lino Ventura, Max Favalleli...

La même année, le dessin animé Astérix le Gaulois, adapté de l'album du même nom, sort sur les écrans. Il s'agit d'une production des studios belges Belvision qui s'est montée sans la participation de Goscinny et Uderzo. Ceux-ci sont peu enthousiastes sur la qualité du film, qui obtient néanmoins un grand succès public avec 2,4 millions d'entrées en France. Les deux auteurs obtiennent de Belvision que le dessin animé suivant, Astérix et Cléopâtre, qui leur semble de meilleure qualité, sorte dès l'année suivante. C'est également un succès avec près de 2 millions d'entrées.

Goscinny obtient de plus gros moyens pour Daisy Town, dessin animé mettant en scène le personnage de Lucky Luke, pour lequel il a écrit un scénario original et dont il assure la réalisation. Le film sort en 1971 obtient un énorme succès, en France (10e au box-office avec 2,7 millions d'entrées) et en Europe.

La même année, Goscinny propose à Pierre Tchernia l'idée du Viager. Ils réalisent le film ensemble, Goscinny ayant écrit le scénario et participant au tournage. Il s'agit d'une comédie mettant en scène Louis Martinet un retraité à la santé fragile (Michel Serrault) qui se voit proposer par Léon Galipeau, son médecin malintentionné, (Michel Galabru) de mettre sa maison de Saint Tropez en viager au profit du frère et de la belle-sœur de ce dernier (Jean-Pierre Darras et Rosy Varte). Les années passent, la santé du retraité s'améliore et il déjoue sans le savoir les tentatives désespérées des Galipeau de le faire passer de vie à trépas. Le film obtient un grand succès, se classant 12e du box-office avec près de 2,2 millions d'entrées.

En revanche le succès n'est pas au rendez-vous pour Les Gaspards, le second film de Pierre Tchernia qui sort en 1974. Goscinny s'est moins investi sur ce film, bâti sur une idée du seul Tchernia. Cette fable surréaliste met en scène une communauté qui lutte souterrainement contre les innombrables chantiers qui envahissent Paris. En dépit d'une distribution prestigieuse (Philippe Noiret, Michel Serrault, Michel Galabru, Gérard Depardieu...), le film rencontre l'incompréhension de la critique et du public.

Goscinny produit lui-même Les 12 travaux d'Astérix, ayant créé avec Uderzo et l'éditeur Georges Dargaud les Studios Idéfix qui réunissent à Paris des spécialistes de l'animation. Les deux auteurs, peu satisfaits des précédents dessins animés mettant en scène leurs héros, préfèrent superviser la totalité de la réalisation du film. Après deux ans de travail, le film sort sur les écrans et se place à la 10e place du box-office de 1976 avec 2,2 millions d'entrées. Le projet suivant est un Lucky Luke : La Ballade des Dalton, qui sortira sur les écrans après le décès de René Goscinny. Les Studios Idéfix ne survivront pas à la mort de leur créateur et cesseront leur activité en 1978.

Le , la veille de sa mort, Goscinny participe à une séance de travail aux studios Idéfix sur le projet de film La Ballade des Dalton. Examinant des suites d'épreuves et de dessins, il donne son avis sur tel ou tel point à revoir, comme le menton d'Averell Dalton ou la selle de Jolly Jumper. Cette dernière séance, ayant fait l'objet d'un enregistrement audio pour les besoins des retouches à prévoir, est le dernier témoignage enregistré de la vie de Goscinny. Pour la première fois, le public a pu écouter l'intégralité de cet enregistrement lors de l'exposition Goscinny et le cinéma à la Cinémathèque française en 2017-2018.

Mort

Domicilié depuis 1967 au 56 rue de Boulainvilliers dans le 16e arrondissement de Paris, Goscinny est victime d’une crise cardiaque le , alors qu'il se livrait à une épreuve d'effort de routine sur un vélo d'appartement chez son cardiologue. Transporté à la clinique de la rue de Chazelles à Paris (17e), il y meurt à l'âge de 51 ans. Il est enterré au carré juif du cimetière du château, à Nice.

Après la mort de Goscinny, Uderzo continue seul Astérix tout en signant par respect pour sa mémoire les albums de leurs deux noms. Les aventures d'Astérix réalisées par Uderzo seul ne font pas l'unanimité, divers critiques jugeant que la série a beaucoup souffert, sur le plan qualitatif, de la disparition de Goscinny,. Le succès commercial de la série et le marketing qui l'accompagne ne faiblissent cependant pas, au contraire. Avec 107 langues et dialectes traduits dans le monde entier, Astérix est la bande dessinée la plus traduite au monde.

Distractions

  • Passionné de paquebots et de croisières depuis son enfance, il ne voyageait à l'étranger que par bateau.
  • René Goscinny était un joueur de bridge assidu.

Portrait

Portrait physique

Goscinny était assez complexé par son physique : « je n'aurais pas déparé une choucroute », disait-il à sa femme Gilberte.

Comme Greg le dessinait petit dans Achille Talon alors qu'il était en réalité de taille moyenne, tout le monde le trouvait grand.

Il avait les cheveux crépus et, enfant, rêvait de les gominer... en vain.

Asthmatique quand il était enfant, il n'a jamais aimé le sport : « chaque fois que j'ai essayé de faire du sport, dit-il, je me suis fait très mal, et je pense que pour une jeunesse saine, il vaudrait mieux supprimer les stades. ».

En toutes circonstances, il était habillé d'un costume trois pièces, même en pleine période hippie. Il fumait beaucoup, tirant ses cigarettes de marque Pall Mall d'un étui en argent.

Portrait moral et caractère

Les personnes ayant travaillé à ses côtés à Pilote racontent que certains jours, Goscinny arrivait à la rédaction la mine réjouie, « croustillante », car il venait d'observer une scène totalement anodine qui allait lui permettre d'inventer un gag. Il y avait aussi les « jours sombres » où, tournant le dos à ses collègues, il frémissait de colère et de rancœur car il venait de lire dans la presse une critique négative, parfois minime, le visant, lui ou son œuvre. Il pratiquait un humour « distingué, très british » mais il n'était pas pour autant un homme drôle, car il conservait une certaine distance avec ses collègues de la rédaction et plus généralement avec son entourage. Parfois il « riait aux larmes, avec un geste précis — lent et léger — pour se cacher la figure, mais il ne se tapait toujours pas sur les cuisses. ».

Contrairement à Uderzo, il détestait la campagne et préférait la vie citadine. Quand son ami dessinateur acheta sa maison du Tartre-Gaudran, il lui acheta un passage clouté qui fut installé au travers d'une allée. Aux dires d'Uderzo, « c'est [...] le seul passage clouté qui commence nulle part pour n'aboutir à rien. ». Autre passion que les deux hommes ne partagent pas : les voitures de course. Quand Uderzo fait des tours de circuit en Ferrari à 260 km/h, Goscinny l'attend à l'arrivée et lui dit : « Prends un revolver, c'est plus propre. ».

Goscinny était fier d'avoir fait fortune avec le métier de scénariste de bande dessinée, qui n'existait pas avant lui. Claire Bretécher confirme : « il était fier de gagner du fric et il le disait. Pas pour rouler : il était content et stupéfait, tout simplement. ».

Méthode de travail

Vie privée

René Goscinny se marie le dans le 16e arrondissement de Paris avec Gilberte Pollaro-Millo, originaire de Nice. Le naît sa fille Anne, devenue par la suite écrivain.

Récompenses

  • 1964 : Prix Alphonse-Allais de l’humour, pour Le petit Nicolas et les copains.
  • 1967 : Chevalier des Arts et Lettres
  • Nommé chevalier de l’ordre national du Mérite.
  • 1974 : Prix Adamson du meilleur auteur international pour l'ensemble de son œuvre
Distinctions posthumes
  • 1988 : Création du prix René Goscinny, qui est décerné jusqu'en 2008
  • 2005 : Temple de la renommée Will Eisner

Hommages

  • Le village de Saint-André-sur-Orne, dans le Calvados, abrite l’école primaire René-Goscinny (depuis 1992).
  • Le village de Ceaucé, dans l’Orne, abrite le collège René-Goscinny.
  • La ville de Sainte-Luce-sur-Loire, dans la Loire-Atlantique, abrite la médiathèque René-Goscinny.
  • Cannes abrite deux écoles René-Goscinny (écoles René-Goscinny I et II) et une maternelle René-Goscinny.
  • Le lycée français de Varsovie, seul établissement scolaire français de Pologne, a été baptisé lycée René-Goscinny, en raison des origines polonaises du scénariste. Le 25 septembre 2013, devant les élèves rassemblés, un buste de René Goscinny, œuvre du sculpteur polonais Jacek Kowalski, y a été inauguré, en présence de sa fille, Anne Goscinny, de Pierre Buhler, ambassadeur de France en Pologne, de Henryk Woźniakowski, président de la maison d'édition polonaise Znak, et d'Aymar du Chatenet, directeur d'IMAV Éditions. Il s'agit de la première statue de René Goscinny au monde.
  • La ville de Valdoie, dans le Territoire de Belfort, abrite le collège René-Goscinny.
  • La ville de Vaires-sur-Marne, en Seine-et-Marne, abrite le collège René-Goscinny.
  • En octobre 2007, l’école du centre-ville de Divion a été renommée « école René-Goscinny ». Ce nom a été choisi par les enfants eux-mêmes et le baptême s’est déroulé en présence d'Anne Goscinny, fille du scénariste.
  • Le 4 octobre 2008, ce fut au tour de l’école d'Auzeville-Tolosane, dans la Haute-Garonne, d’être baptisée René-Goscinny. Sa fille y prononça un discours poignant, retraçant sa relation avec son père ; pour elle, il était un « chercheur d’idées ». Là encore, le choix fut celui des enfants, à partir d’une liste d’une trentaine d’auteurs.
  • La commune de Drap, dans les Alpes-Maritimes, abrite un lycée René-Goscinny depuis novembre 2012. Anne Goscinny a cédé le terrain sur lequel il a été construit.
  • La ville de Torcy a baptisé une de ses rues du nom de l'artiste.
  • Lors du Festival d'Angoulême 2017, le mercredi 25 janvier, un obélisque à la gloire de René Goscinny est inauguré devant la gare de la ville par sa fille, Anne Goscinny et le maire d'Angoulême Xavier Bonnefont. D'un poids de 7 tonnes et d'une hauteur de 4,5 mètres, il provient de l'institut René Goscinny. Des phylactères issus des albums du scénariste sont gravés sur les quatre faces du monument.
  • L'exposition « René Goscinny, au-delà du rire » lui est consacrée en 2017-2018 au musée d'Art et d'Histoire du judaïsme (Paris).
  • À Paris, près de son dernier domicile, dans le jardin de la gare de Boulainvilliers, rue de Boulainvilliers, une statue à son effigie est inaugurée en 2018.

Œuvres

Bandes dessinées

Livres

Filmographie

Nota : les films suivants s’inspirent de l’œuvre de René Goscinny mais n’ont pas été écrits par lui, ou ont été réalisés sans la permission de l'auteur.

René Goscinny et les films de Tintin

René Goscinny indique avoir travaillé pour Tintin et le Mystère de La Toison d'or et Tintin et les Oranges bleues en ayant « fourni des gags qui n'ont pas été utilisés ». Il est crédité en particulier pour Tintin et les Oranges bleues,. Nicolas d'Estienne d'Orves lui attribue également une participation au film Tintin et le Lac aux requins.

Doublage

  • Jolly Jumper dans La ballade des Dalton.

Notes et références

Notes

Références

  • Marie-Ange Guillaume, Goscinny, Paris, Le Club des Stars Seghers, coll. « Les Auteurs par la bande », , 127 p. (ISBN 978-2-232-10113-7, OCLC 18858838)

Annexes

Radio

  • Paule et Jean-Pierre Pagliano, Profils perdus : René Goscinny, France Culture, 13 et 20 décembre 1990.

Bibliographie

  • Les Cahiers de la bande dessinée no 22, Éditions Jacques Glénat, 4e trimestre 1973.
  • Caroline Guillot et Olivier Andrieu, Goscinny, Tours, France, Éditions du Chêne, , 239 p. (ISBN 978-2-842-77525-4, OCLC 300871238)
  • José-Louis Bocquet, Goscinny et moi : témoignages, Paris, Flammarion, coll. « Pop culture », , 403 p. (ISBN 978-2-080-68862-0, OCLC 300139982)
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  • Phil Casoar et Jean-Pierre Mercier, L'album Goscinny, Paris, Éditions des Arènes, (ISBN 978-2-912-48545-8, OCLC 50960566)
  • Aymar du Chatenet (dir), Olivier Andrieu, Alain David, Caroline Guillot, Christian Marmonnier, Jérôme Prévôt, Le Dictionnaire Goscinny, Paris, JC Lattès, , 1247 p. (ISBN 2-7096-2313-7)
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  • Aymar du Chatenet et Caroline Guillot, Goscinny faire rire, quel métier, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes » (no 546), , 127 p. (ISBN 978-2-070-39623-8, OCLC 495292327)Gallimard&rft.au=Aymar+du+Chatenet&rft.au=Caroline+Guillot&rft.date=2009&rft.tpages=127&rft.isbn=978-2-070-39623-8&rft_id=info%3Aoclcnum%2F495292327&rfr_id=info%3Asid%2Ffr.wikipedia.org%3ARen%C3%A9+Goscinny" id="COinS_31278">
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  • Marie-Ange Guillaume, José-Louis Bocquet et Anne-Elisabeth Botella, René Goscinny : biographie, Arles, Actes sud, , 289 p. (ISBN 978-2-742-71472-8, OCLC 38122605)
  • Philippe Lombard, Goscinnyscope : D'Astérix au Viager, tout le cinéma du maître de la BD, Paris, Éditions Dunod, , 192 p. (ISBN 2100767313)
  • Pascal Ory, Goscinny (1926-1977) : La Liberté d'en rire, Paris, Perrin, , 307 p. (ISBN 978-2-262-02506-9, OCLC 174930056) [présentation vidéo en ligne] [autre présentation en ligne]
  • Claude-Jean Philippe, René Goscinny, Seghers, coll. « Humour », 1976
  • Christian Kastelnik, René Goscinny et la brasserie des copains, Caudebec-en-Caux, SCUP-La Déviation, , 102 p. (ISBN 979-10-96373-24-6)

Documentaire

  • Guillaume Podrovnik, René Goscinny, notre oncle d'Armorique, Arte, 8 octobre 2017.

Articles connexes

  • Prix René Goscinny
  • Anne Goscinny
  • Liste des personnages de bande dessinée mis en scène par René Goscinny

Liens externes

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  • Site officiel consacré à René Goscinny
  • Vidéo : René Goscinny, un dossier des archives de la Télévision suisse romande
  • Documentaire sur René Goscinny sur YouTube
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Source : Article René Goscinny de Wikipédia

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